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LE GROUPE EXPÉRIMENTAL DE PEDAGOGIE ACTIVE DU 20ÈME ARONDISSEMENT DE PARIS
 
     
 

Ce document est composé de 12 pages ronéotées, format A4, et signé par Robert Gloton. Il est paru dans les premières années de l'expérimentation dans le 20ème. Il sera repris et développé dans le livre "A la recherche de l'école de demain", signé du groupe expérimental sous la direction de Robert Gloton, paru chez Armand Colin en 1970.
L'intérêt de ce document réside dans l'extrème précision des propositions et des descriptions du dispositif mis en place, mais surtout dans l'évidente modernité du propos. Afin de mieux comprendre la réalité et l'histoire de l'écoleVitruve, on peut souligner, par exemple, ce passage du document : "En réaction contre l'isolement traditionnel des classes au sein de l'établissement, tout est mis en oeuvre pour traduire dans les faits ce principe fondamental : l'unité pédagogique n'est pas la classe, mais l'école."
La mise en page et la typographie du document ronéoté ont été rigoureusement respectées.

 
     
 

LE GROUPE EXPERIMENTAL DE PEDAGOGIE ACTIVE DU 20ème
ARRONDISSEMENT DE PARIS

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Le groupe expérimental de pédagogie active a été créé en vue d'une mise en oeuvre, dans le cadre de l'enseignement public, des principes de l'Education nouvelle appliqués aux besoins et aux conditions d'existence de la société moderne.

Le but de l'expérience était double :

1°) Rénover radicalement l'institution scolaire, au niveau d'une circonscription d'Inspection primaire, en s'appuyant sur les apports les plus récents de la recherche pédagogique et, en particulier, sur les travaux du Groupe Français d'Education nouvelle.

La raison d'une entreprise de cette nature résulte d'une triple constatation :

  • l'inadaptation de l'école à ,l'enfant d'aujourd'hui (20 à 25% de retards scolaires dès la première année d'école, 45 à 50% au bout de cinq ans, au cours moyen 2ème année),
  • l'inadaptation de l'enseignement, dans son contenu et ses méthodes à la formation de l'homme de 1980,
  • l'inadaptation des matières d'enseignement à l'état actuel de la science, qu'il s'agisse des sciences humaines, des mathématiques, de la linguistique.

On peut aussi constater que les choses sont parvenues à un point où se contenter de mesures de détail, de retouches partielles et superficielles au système serait de nul effet et que ce qui s'impose, c'est une réforme totale de l'institution scolaire portant à la fois sur les objectifs propres à chaque niveau d'étude, sur les méthodes, les techniques et le contenu de l'enseignement.

Dans le cadre d'un service d'inspection, l'organisation à réaliser devait permettre une information continue du personnel enseignant par la création d'un foyer permanent de renouveau pédagogique rayonnant du centre, et qui serait à la fois lieu de recherche et école-témoin.
A ce titre l'expérience devait fournir un modèle généralisable pour « recyclage » continu des maîtres, dont la nécessité est aujourd'hui manifeste.

2°) Permettre d'assurer, sur le plan de la recherche pédagogique, une liaison organique de la théorie et de la pratique, estimée de plus en plus urgente par les chercheurs et les enseignants et résultant, dans le cas particulier, de la collaboration du Service de la recherche pédagogique de l'Institut Pédagogique National et du Groupe expérimental.

LES STRUCTURES

Le Groupe expérimental, qui relève administrativement de la Direction générale de l'Enseignement de la Seine et est reconnu officiellement comme tel par décision ministérielle en date du 6 septembre 1965, est dirigé par son créateur responsable, qui est en l'espèce l'Inspecteur de la circonscription. Il comprend 34 classes réparties en 3 cycles dans 3 écoles associées :

1°) Un cycle élémentaire de 23 classes :

  • rue Vitruve : 10 classes du cours préparatoire au cours moyen 2e année
  • rue Le Vau : 10 classes du cours préparatoire au cours moyen 2e année
        • 2 classes de grande section maternelle
        • 1 classe de perfectionnement 

2°) Un cycle de transition et terminal :

  • rue Le Vau : 2 classe de transition
  • rue Riblette : 7 classes de transition et pratiques

3)° Un cycle partiel de C.E.G. :
Au C.E.G. Rue Vitruve : 1 classe de 6e moderne
1 classe de 5e moderne

UN ESSAI DE PEDAGOGIE ACTIVE

Le groupe travaille à la recherche et la mise au point d'une formation générale complète et harmonieuse. Dépassant les objectifs d'acquisition des notions instrumentales (lire, écrire, compter) traditionnels à l'école élémentaire, le groupe entend assurer un développement optimum de l'enfant, fonctionnel et équilibré sur les divers plans intellectuel et affectif, caractériel et corporel, à partir de deux options fondamentales :

  • celle d'une pédagogie globale de communication, impliquant une utilisation dynamique des ressources du groupe et un primat absolu donné à la culture des moyens d'expression de l'enfant, abstraits et concrets.
  • Celle d'une méthode active fonctionnelle, inspirée des travaux de Wallon et Claparède, et par laquelle toute acquisition, toute connaissance est le résultat d'une activité de l'enfant, d'un engagement volontaire en vue de la réalisation d'un projet. Une telle méthode procède par recherche de motivations internes de l'activité, elle fait naturellement appel au « tâtonnement expérimental » pour aboutir à une conduite adaptée, elle entend s'appuyer sur les tendances profondes de l'enfant, en particulier sur le désir de grandir et le besoin de dépassement de soi. Dans ce processus, les connaissances retrouvent leur véritable nature, que voilent ordinairement les applications des programmes et la préparation des examens, celle d'instruments intellectuels de la réalisation de soi.

Ces deux options s'associent de manière naturelle sur les divers plans de la formation : dans la formation intellectuelle, que l'on conduit par la méthode de découverte et par celle des enquêtes; dans la culture de la sensibilité, en favorisant systématiquement la création libre et en préparant par la « médiation du social » le passage du spontanée au raisonné dans l'activité créatrice; dans la formation morale, excluant tout didactisme formel, faisant appel à l'engagement dans l'action pour éveiller la prise de conscience des problèmes moraux, instituant une pédagogie de l'effort intense parce que motivé, nécessaire pour assurer le passage du savoir au savoir-faire puis au « savoir-être »; dans l'ordre corporel et celui de la santé mentale enfin, autant par l'organisation de la vie de l'enfant à l'intérieur de l'école que par la pratique des exercices physiques proprement dits, compte tenu de l'insuffisance des équipements d'éducation physique en milieu urbain.

Tels sont les principes qui orientent l’action du Groupe expérimental depuis sa création. Celle-ci implique une transformation radicale de la vocation magistrale et du rapport maître-élève. La première tâche pour un nouveau venu au Groupe — et la plus difficile — c’est de se débarrasser de la tentation enseignante, c’est concrètement de renoncer à la leçon magistrale. Le maître n’est plus celui qui transmet un savoir clos et achevé, mais celui qui organise et oriente le travail personnel ou d’équipe de l’enfant dans son activité exploratrice de la connaissance. Les membres du Groupe s’efforcent de mettre en pratique la belle formule de Madame MONTESSORI : »Aide-moi à agir seul », qu’ils complètent en « et à agir avec les autres ».
LES CARACTÉRISTIQUES DE CETTE PÉDAGOGIE

I.- D’ordre institutionnel :
A/ Au niveau du Groupe expérimental
L’unité pédagogique de base, c’est le groupe lui-même qui comprend :
a) l’équipe des éducateurs
- L’Inspecteur, directeur responsable de l’expérience, dans la doctrine et dans l’organisation ;
- Le Conseiller pédagogique, adjoint de l’Inspecteur, agent de coordination du travail dans le Groupe, responsable technique, exemple : pour les mathématiques) ;
- Les Directeurs d’écoles, chefs de l’équipe d’établissement ;
- Les maîtres et maîtresses des diverses classes.
b) les membres associés :
- Le médecin scolaire ;
- L’assistante sociale scolaire ;
- Les professeurs spéciaux (enseignement artistique, éducation physique, enseignement manuel et technique) ;
- Les membres du Service de la Recherche de l’I.P .N. (psychologues, chercheurs dans les diverses spécialités).

Le rôle de l’équipe est double :
1°) Réaliser l’unité de l’enseignement par un travail en commun portant sur l’élaboration des projets (programmes, méthodes, techniques, etc.), sur leur mise en œuvre (organisation pratique, coordination, sur le contrôle des résultats.

2°) Travailler à la formation et au perfectionnement mutuels des maîtres de l’équipe.
À cette fin, l’équipe pédagogique dispose d’un certain nombre de moyens efficaces.
D’abord et avant tout : les réunions de travail, obligatoires, intégrées dans l’horaire de service des maîtres sur la base de 1h1/2 par semaine et pratiquées sous trois formes associées et alternées :

  • - réunions de niveau, horizontales, par école ou inter-écoles ;
  • - réunions d’école, verticales ;
  • - réunions générales de synthèse pour l’ensemble du groupe.

Chaque réunion de travail procède d’un ordre du jour arrêté à l’avance, en fonction d’un plan annuel décidé à l’issue du Séminaire annuel qui se tient à MONTOGNY SUR LOING pendant deux jours, à la veille de la rentrée scolaire.
S’ajoutant à ces réunions de travail des démonstrations pratiques dans les classes, suivis de discussions, du travail collectif sur documents (bandes magnétiques, etc.) et l’apport de plus en plus enrichissant de la participation des représentants du groupe aux stages, colloques, etc qui se multiplient à PARIS.
Dans cette politique de la communication à l’intérieur du Groupe expérimental est réservée une place importante aux relations avec les familles.
Ces relations ont reçu une structure précise : liaison organique avec les Associations de Parents d’Elèves, selon une formule qui évolue progressivement vers la co-gestion tripartite (administration – éducateurs – familles) ; pratique de « l’école ouverte » (les parents pouvant assister au travail de leurs enfants en classe) ; accueil spécial, « orchestré », des nouveaux le lendemain de la rentrée scolaire, de manière que leur première « rentrée » leur laisse le souvenir d’un jour de fête, etc.

B/ Au niveau de l’école.
En réaction contre l’isolement traditionnel des classes au sein de l’établissement, tout est mis en œuvre pour traduire dans les faits ce principe fondamental : l’unité pédagogique n’est pas la classe mais l’école. Les diverses institutions de cette école active en portent la marque : le travail d’équipe des maîtres, la coopérative scolaire (dont les coopératives de classes sont des sections), la liaison organique des activités inter-classes autour de thèmes communs, le parrainage des jeunes enfants par les plus grands, etc.

L’étape élémentaire (de 6 à 11 ans) est divisée en deux cycles :
1er cycle : rue Vitruve, du cours préparatoire au cours élémentaire 2è année, les institutrices suivant leurs élèves pendant les trois années ;
rue Le Vau, ce premier cycle comprend deux parties :
1°) grande section maternelle et cours préparatoire, avec des institutrices suivant leurs enfants pendant les deux ans et assurant ainsi la liaison école maternelle-école élémentaire dans des conditions optima ;
2°) cours élémentaire, avec roulement des maîtresses sur deux ans.
2è cycle : les deux années de cours moyen, avec roulement des maîtres sur les deux ans.

Chacun des cycles a son unité propre, dans une organisation souple qui s’efforce de faire progresser chacun à son rythme et évite au maximum les redoublements de classe.

Les horaires hebdomadaires ont été aménagés en fonction de l’enfant et de ses besoins vitaux :
Ils sont de 25 h  jusqu’au Cours élémentaire 2è année inclus,
de 27 h aux cours moyens,
de 30 h au cycle de transition et terminal.

Ces horaires son répartis dans la semaine de manière à libérer les enfants le samedi après-midi, à la satisfaction des familles (une garderie de sécurité a été prévue dans chaque école élémentaire : il n’y vient pratiquement personne).

 

C/ Au niveau de la classe.
Les activités se distribuent au cours de la journée selon une formule idéale du tiers-temps (activité intellectuelle, artistique et de connaissance du monde, physique) en fait d’une réalisation toujours incertaine quant à l’équilibre souhaité, en raison à la fois des difficultés d’équipement matériel et de la tendance expansionniste des disciplines intellectuelles (en français et mathématiques notamment).

Dans l’organisation pédagogique de la classe, l’individualisation du travail (au fichier) s’associe constamment à la pédagogie de groupe (travail par groupes de niveau en mathématiques, en lecture, etc., travail en équipes pour les enquêtes, certaines activités créatrices artistiques, etc.)

Tout au long de cette activité, l’exact ajustement de la relation triangulaire (maître – élève – groupe) à chaque situation est considéré comme le problème majeur de l’efficacité pédagogique.

2. – Caractéristiques d’ordre technique.

A/ Remise en cause et adaptation des programmes officiels.
Au concept de programme élaboré à priori par l’adulte en fonction de ce que l’élève doit savoir se substituent ceux de progressions et d’enquêtes déterminés par la découverte progressive et expérimentale de ce que l’enfant peut apprendre.

La distinction entre programme et progression nous paraît capitale dans l’ordre des disciplines impliquant une progression psychologique autant que technique. Elle conditionne, en effet, tout enseignement « sur mesure » puisqu’il s’agit de substituer à une matière achevée débitée en tranches absorbable, année par année, par une collectivité d’enfants aux aptitudes hétérogènes, un cheminement identique pour tous mais parcouru au rythme et selon les possibilités de chacun.

C’est dans cet esprit qu’au programme officiel de calcul, constituant en un ensemble de recettes enseignées dans une démarche qui va du particulier au particulier avec l’espoir fallacieux d’une généralisation intuitive, a été substituée une initiation aux mathématiques, par une succession d’expériences liées, au cours desquelles l’enfant construit les concepts logico-mathématiques élémentaires, en passant par les concepts d’ensemble et de relations, de nombre et de numération, d’opérateurs pour aboutir à la notion de fonction.

C’est également dans cet esprit qu’à l’enseignement grammatical qui va du mot aux fonctions de la phrase complexe dans une démarche synthétique, formelle et toute verbale, est substituée une méthode globale fonctionnelle qui conduit l’enfant, par ses expériences propres sur son propre langage, à jouer avec le matériel linguistique puis l’enrichir et l’assouplir dans une prise de conscience de plus en plus fine de ses moyens d’expression, tels qu’il les utilise spontanément selon ses besoins.

Quant à la notion d’enquête, c’est elle qui prévaut dans toutes les matières où la demande des élèves et l’orientation d’intérêts ouverts sur le monde invitent spontanément à la recherche. L’étude du milieu, avec les diverses disciplines qu’elle incorpore sans aucun compartimentage, est le type même de ce mode d’approche de la connaissance.

Démarche de l’escalier d’une part, qu’on gravit plus ou moins vite mais toujours une marche après l’autre et dans l’ordre, démarche empirique de la cueillette et de la collection d’autre part, dont les éléments d’abord juxtaposés étendent petit à petit entre eux leurs ramifications pour se fondre dans une organisation de synthèse, dans l’un ou l’autre cas la notion de programme n’a plus sa place : le contenu des activités s’élabore progressivement en fonction des réactions de l’enfant aux expériences que le maître lui propose.

B/ L’observation et l’expression
Traditionnellement, l’entraînement à l’observation ou à l’expression orale ou écrite est marqué d’un empirisme qui s’enlise dans une routine de recettes ignorantes de toute méthode. Or, mettre en œuvre une méthode véritable de l’observation, une méthode véritable de l’expression, à la fois rigoureuses et scientifiques, a été un des objets majeurs de l’action du Groupe expérimental. Dans l’un et l’autre cas, il s’est inspiré de façon très étroite des travaux poursuivis depuis plus de quinze ans dans ces domaines par le Groupe Français d’Education nouvelle.

La manière dont on apprend à observer à l’école élémentaire, en dehors de toute motivation interne, relève d’un dogmatisme de l’objet aussi dommageable que le dogmatisme verbal du maître auquel on a entendu renoncer. C’est là un fait qui suffit à la condamnation des méthodes intuitives stricto sensu.

La méthode d’observation en pratique dans le Groupe conduit à une technique de l’exercice d’observation qui a ceci de remarquable qu’elle distribue rationnellement les rôles dans la relation triangulaire tout au long du processus de la découverte, dans le cadre de l’enseignement collectif. Ce processus se déroule, obligatoirement en trois temps :
1°) Observation individuelle libre de l’appareil documentaire préparé par le maître et proposé à l’examen de la classe entière, suivie d’un compte-rendu personnel, comportant texte, dessins le cas échéant.
2°) « Médiation du social » entre l’enfant et l’objet : discussion des compte-rendus et mise au point collective, guidée discrètement par le maître, avec référence constante à l’objet et, éventuellement, recours à la bibliothèque de travail. Inventaire des informations recueillies, puis organisation de celles-ci par classement et hiérarchisation des idées.
3°) Compte-rendus définitifs (individuel, d’équipe, ou collectif) : travail d’expression concrète (dessins, croquis, maquettes, collection de documents, etc… ou abstraits (textes d’observation) en vue d’une réalisation matérielle : le « livre de l’enfant », le « cahier de vie », une monographie collective, etc.

Cette démarche organisée, conforme à la théorie de la connaissance et qui associe constamment observation et expression dans un processus motivé est considéré par le groupe comme l’instrument de base de la formation de la pensée, dans son organisation rationnelle comme dans son objectivation par le jeu du langage. Son application régulière facilite nettement la passage à la pensée opératoire formelle telle que nous la décrit PIAGET.

Dans le cadre d’une pédagogie globale du français, la même recherche méthodique inspire le Groupe expérimental pour l’entraînement à l’expression orale et écrite. Il ne s’agit, en fait, que de mettre en œuvre la trilogie méthodologique : avoir quelque chose à dire, vouloir le dire, pouvoir le dire. Et rien d’étonnant de trouver au centre de cette trilogie la motivation, tant il est vrai qu’une pédagogie de l’expression est avant tout une pédagogie de la motivation. Création des motivations, recherche d’une ambiance éducative qui fait naître et fructifier les thèmes, multiplication des situations de communication, tout est mis en œuvre, y compris les moyens audio-visuels et les jeux dramatiques pour créer chez les enfants le besoin d’expression.

Dans notre méthode, cet aspect psychologique du problème se recoupe avec l’apport de la linguistique : qu’il s’agisse d’expression orale ou écrite, le Groupe dispose d’un ensemble d’exercices spécifiques d’entraînement à l’expression, classés compte-tenu à la fois de l’âge de l’enfant et des diverses fonctions du langage.

C’est ainsi que dans l’entraînement à l’expression écrite, en vue de son couronnement qui est la rédaction ou la composition française, trois exercices fondamentaux respectivement représentatifs d’une fonction du langage sont pratiqués conjointement :

  1. le texte libre, qui correspond à la fonction de communication et d’échange du langage,
  2. le texte d’observation, instrument de la fonction représentative,
  3. le texte reconstitué, qui correspond à la fonction logique et esthétique de la langue.

Chacun de ces exercices de base est le chef de file d’une série d’exercices variés relatifs à la même fonction du langage, l’expérience prouvant qu’en ce domaine le jeu souple d’activités le plus variées possible est un facteur non négligeable de la réussite.

CONCLUSION :

Au terme d’une description forcément schématique et incomplète, car elle laisse volontairement dans l’ombre les aspects d’une formation totale qui se retrouvent dans d’autres expériences, souvent déjà anciennes (à propos de l’initiation artistique ou de la formation morale par exemple) pour mettre en lumière ce qui nous apparaît comme significatif de cette expérience du 20ème arrondissement, il apparaît alors qu’une telle description ne peut rendre compte de ce qui est sans doute l’essentiel : en essayant de réunir les éléments apparemment les plus représentatifs de l’œuvre créée, on s’aperçoit que le vivant a glissé entre les doigts, ne laissant au creux de la main qu’un squelette desséché.

Tout a glissé, et le journal mural où chacun prend connaissance des nouvelles de l’école, et les jeux que les « cours moyens » ont fabriqué pour les petits, et le thème général sur les pays scandinaves, trvaillé tout au long de l’année et qui a donné lieu à une grande exposition dans un décor adapté à l’édition d’un livre et d’un disque faits par les enfants, et le procès intenté par la coopérative à son président pour avoir par deux fois menti, et cette coopérative de C.E.G. où l’on partage – par solidarité – les 300 lignes infligées injustement de l’avis général à un camarade par un professeur d’anglais « vieille école », et la suppression des classements, la quasi disparition des punitions et le club de guitare des élèves de classes pratiques, et l’éducation physique des cours préparatoires par la méthode psycho-cinétique et l’application spontanée de la théorie des ensembles aux recherches en orthographe au cours préparatoire, et les défis mathématiques qu’on se lance entre équipes au cours moyen et le magnétophone qui joue la Statue du Commandeur dans les débats organisés en « transition », et l’enseignement passionné des maîtres, et leur angoisse de se sentir travailler sur un
Terrain mouvant, et les affrontements homériques dans les réunions de travail qui cimentent les amitiés durables, et ceux qui ont décidé de ne plus dire « Monsieur l’Inspecteur » à celui qui est l’équipier numéro 1 et les autres qui déclarent ne pas voir pourquoi ils l’appelleraient d’une autre manière que l’officielle, et l’auto-gestion et la non-directivité et la défiance de l’enseignement programmé et des slogans en général. Et tout et tout, toute la matière vivante a glissé entre les doigts…

De tout cela comment faire un bilan ? Au reste nous ne nous y risquerions pas. Il y faudrait des contrôles qui nous manquent encore et qui, au demeurant, seraient sans doute inefficaces pour apprécier ce qui n’est pas mesurable.

Pourtant une chose est certaine, dont des expériences comme celles-ci apportent la preuve : c’est qu’il existe aujourd’hui, chez tout enfant même apparemment le plus démuni, un potentiel de ressources intellectuelles et d’aptitudes créatrices, le plus souvent étouffées par la nourriture inconsistante, prédigérée qu’on l’oblige ordinairement à absorber et qui ne répond ni à ses besoins ni à son attente. En fait, tout enfant est capable d’apprendre beaucoup plus et de façon plus durable qu’on ne le croit, à condition d’être placé dans des conditions qui ne soient pas contraires à son besoin d’action et de dépassement de soi.
Une autre constatation expérimentale c’est que l’école active, loin d’amenuiser le rôle du maître, élève celui-ci dans la hiérarchie des valeurs humaines bien au-dessus de l’enseignant, distributeur de connaissances. La valeur de l’éducateur est moins liée à sa capacité technique et à son savoir professionnel qu’à sa prise de conscience des problèmes de l’enfance dans le monde actuel et à sa maturité affective. Ces deux conditions devraient prendre une importance capitale dans la formation professionnelle des maîtres.

En dépit des situations de fait, des obstacles matériels et du manque d’argent, le Groupe expérimental du 20ème a voulu créer, pour les enfants qui lui sont confiés et qui sont tous de milieux populaires souvent très modestes, un milieu sain, aux antipodes de « l’école-caserne » des grandes villes, où ils puissent apprendre à apprendre, à collaborer et à se prendre en charge. Et il travaille aussi à faire l’école heureuse. Ceux qui connaissent le Groupe expérimental déclarent volontiers que, sur ces points, nous n’avons pas trop mal réussi. Aussi bien n’est-ce peut-être pas une mauvaise manière, pour former l’homme au monde de 1980, que de commencer par embellir son enfance, contre vents et marées.

R. GLOTON

 
Note pour une biographie de Robert Gloton par Christian Chevandier in "Le Maitron"
Page de l'inauguration de l'amphithéâtre Robert Gloton à Vitruve en octobre 1992
Soirée de Lectures pour Gloton en 2006